Commission de la condition de la femme, trentième session
Point 6 de l'ordre du jour provisoire*Participation des femmes à la lutte pour lerenforcement de la paix et de la sécurité internationale et contre le colonialisme,le racisme, la discrimination raciale, l'agression et l'occupation étrangère ettoutes les formes de domination étrangère
Déclaration communiquée par la Communauté internationale bahá'íe,organisation non gouvernementale dotée du statut consultatif de la catégorie II
Le Secrétaire général a reçu la déclaration suivante, qui est distribuéeconformément aux paragraphes 29 et 30 de la résolution 1296 (XLIV) du Conseiléconomique et social.
VienneDeux courts passages des écritures bahá'íes paraissents'appliquer tout particulièrement à la question examinée par la Commission dela condition de la femme à sa présente session, au titre du point 6 de l'ordredu jour, à savoir : la participation des femmes à la lutte pour le renforcementde la paix et de la sécurité internationale. Les déclarations suivantes, faitesen 1912 par `Abdu'l-Bahá, fils du fondateur de la foi bahá'íe, traitent desqualités que les femmes mettent au service de la paix :
Quand toute l'humanité bénéficiera des mêmes possibilitésd'éducation et que l'égalité des hommes et des femmes sera acquise, les raisonsde faire la guerre auront complètement disparu... L'égalité entre les hommes etles femmes facilite l'abolition de l'état de guerre parce que les femmes neseront jamais disposées à l'approuver.
Le monde a été autrefois soumis au règne de la force etl'homme a dominé la femme parce qu'il était physiquement et mentalement plusvigoureux et plus agressif. Mais la balance commence déjà à pencher de l'autrecoté, la violence perd de son influence et la vivacité de l'esprit, l'intuitionet les qualités spirituelles mises au service de l'amour et de l'altruisme,toutes choses où la femme excelle, prennent de l'ascendant. C'est pourquoi lestemps nouveaux porteront moins la marque de l'homme et subiront davantagel'influence des idéaux de la femme ou, pour être plus exact, ils secaractériseront par un meilleur équilibre des éléments masculins et féminins dela civilisation.
Le principe de l'égalité des hommes et des femmes -un desgrands principes de l'enseignement bahá'í en rapport avec l'unité de l'humanitéet l'instauration de la paix universelle - a été activement encouragé par lesbahá'íes pendant plus de cent ans. Les liens existant entre la paix et l'égalitédes hommes et des femmes ont pris plus d'importance au cours des dernièresannées car les femmes ont participé de façon plus active à la solution desproblèmes de notre monde. Il est encourageant que le caractère non agressif desfemmes, qui par nature recherchent comment elles pourraient coopérer à lasolution de ces problèmes, commence à être reconnu dans les sociétés quis'efforcent de résoudre les conflits par des moyens pacifiques.
Toutefois, il est évident que pour participer de façonsignificative à l'instauration de la paix, les femmes doivent faire preuve deplus d'imagination que l'on en a dans le monde actuel. Elles doivent s'efforcerconstamment d'acquérir un état d'esprit et des attitudes pacifiques et de lesdévelopper pour comprendre les questions fondamentales que pose la paixmondiale -y compris les causes déterminantes de la guerre - et se consacrersans réserve au grandiose objectif de la solidarité internationale, solidaritéqui contraint toutes les nations et tous les peuples à jouer leur rôle sansqu'un seul puisse asseoir sa domination ou son autorité.
Reconnaître l'unité organique de l'humanité c'est comprendreque la paix n'est pas affaire de choix, c'est une nécessité de notre époque; eneffet, la mauvaise santé d'une seule partie de l'organisme mondial gagne toutesles autres parties et la santé du monde entier dépend de la protection et de lasécurité garanties à chacune de ses parties. Quand nous devons trouver dessolutions, qu'il s'agisse de l'environnement, de la stabilité économique et duprogrès, de l'abolition des préjugés liés à la nationalité, à la race, à laclasse sociale ou au sexe - toute question donnant lieu à désaccord - nous nousheurtons à la réalité de l'interdépendance croissante des peuples et desnations. Les philosophies prônant la souveraineté illimitée des nations serévèlent périmées car les crises internationales, qui se succèdent etdémontrent que nous sommes incapables de nous convaincre de l'unité organiquede l'humanité -et de remettre en cause cette conviction - nous interdisent derésoudre de façon durable des problèmes difficiles.
Chaque fois que des liens de solidarité ont été renforcésentre les Etats, nous avons jusqu'à un certain point réussi, bien que nousayons pu souvent recourir à cette action unitaire parce que l'interdépendancenous était imposée -ou avantageuse- mais jamais en toute liberté. Les succèsenregistrés par la coopération des gouvernements et des organisations nongouvernementales - soulignés par la place que les programmes de l'Organisationdes Nations Unies accordent aux grandes questions - sont la preuve grandissanteque la société pacifique de l'avenir doit reposer nécessairement sur l'unité.
La philosophie de l'existence qui pose en principe que lesêtres humains sont prisonniers du monde naturel et que le comportement deshommes provient par conséquent des animaux, est devenue un des plus grandsfléaux du monde. C'est elle qui a déclenché la lutte pour les biens matériels,lutte que les femmes connaissent très bien parce qu'elles ont été longtempsvictimes d'un système qui, tout en considérant la production de biens matérielscomme le symbole de la réussite, n'apporte à personne la sécurité, le bonheuret le bien-être. Dans la nature, cette philosophie fondée sur la "survivancedu plus apte" apporte équilibre et stabilité; mais pour les humains, lalutte que mène un groupe, une classe sociale ou une race pour s'assurer ladomination et des avantages économiques tend uniquement à multiplier les causesde conflits, à approfondir les préjugés et à faire ressortir l'agressivité dela nature humaine. Les bahá'ís préconisent une philosophie fondée sur lanoblesse des êtres humains, et sur les possibilités de leur esprit,c'est-à-dire sur le développement de la partie la plus noble de leur nature. LaCommunauté internationale bahá'íe est persuadée que cette philosophie peutapporter aux peuples et aux gouvernements de notre époque les idéaux et lesenseignements dont ils ont besoin.
Si les femmes, qui sont d'un naturel pacifique, pouvaient partous les moyens dont elles disposent propager une philosophie fondée sur lamorale et la spiritualité, la société pourrait être rapidement transformée.
Si des femmes dévouées à cette cause ne ménageaient pas leurconcours, il serait plus facile de faire régner les valeurs morales etspirituelles dont nous avons besoin pour que l'éducation contribue àl'instauration de la paix; il serait profitable d'instaurer l'égalité des sexesen renforçant la solidarité qui doit exister entre les hommes et les femmes; ceserait une façon d'atténuer la rivalité et la lutte pour le pouvoir quiopposent des groupes hostiles cherchant à exercer leur domination sur lesautres; enfin, cela permettrait de mettre en place un système efficace pourassurer la sécurité collective de façon à garantir la paix entre les États : eneffet, dans un monde unifié, aucune nation agressive ne pourrait détruire uneautre puisque tous les autres pays agiraient à l'unisson par l'intermédiaired'un organisme international chargé de s'opposer à toute agression.
*E/CN.6/1984/1 et Add.11. Traduction d'un documentn'ayant pas fait l'objet d'une mise au point rédactionnelle.
BIC Document #84-0215F